Au Québec, plusieurs programmes existent pour soutenir les parents et leurs enfants. Ils peuvent offrir de l’accompagnement, de la formation aux habiletés parentales, du soutien psychosocial ou de l’aide financière. Les services jeunesse de première ligne soutiennent les familles dans une approche préventive, bienveillante et collaborative. Dès qu’un parent ou un jeune communique avec nous, nous considérons qu’il est à la bonne place : la démarche d’aide est un signe de lucidité et de responsabilité.
Malheureusement, ces services sont peu connus et sous-utilisés, ce qui entraîne que trop souvent la porte d’entrée vers les services jeunesse sera la Direction de la Protection de la Jeunesse (DPJ).
J’ai eu le plaisir d’accueillir deux intervenantes du programme jeunesse en Montérégie Centre pour nous expliquer comment accéder à leurs services, leurs rôles et l’importance que les parents s’impliquent dans les services requis pour leurs enfants. Je vous présente Ariane Montminy (psychoéducatrice du programme Jeunes en Difficulté en Montérégie Centre) et Annabelle Bouthillier (travailleuse sociale et spécialiste en activité clinique du programme Crise Ado Famille Enfant).
Où demander de l’aide?
C’est simple, ces services sont disponibles dans tous les CLSC et on peut y accéder 7 jours sur 7 en se présentant à l’accès psychosocial de notre CLSC ou en appelant le 811 option 2.
Accès psychosocial en CLSC (services généraux jeunesse)
Ce sont les services de base du réseau de la santé et des services sociaux pour les enfants et les familles. Ils offrent l’évaluation psychosociale, le soutien aux parents, l’intervention auprès des enfants et adolescents, des groupes d’habiletés parentales et de la gestion des conflits familiaux. L’accueil psychosocial offre un espace d’écoute, d’évaluation et d’orientation. Une équipe multidisciplinaire (travailleurs sociaux, psychoéducateurs, psychologues, intervenants psychosociaux et autres) accompagne les familles afin de cerner les besoins et de proposer la meilleure suite possible. L’accès se fait sans référence médicale, ce qui facilite l’intervention en amont. C’est la principale porte d’entrée des services jeunesse.
Info-Social 811 (Option #2)
Ces dernières années, j’ai beaucoup parlé et le gouvernement a beaucoup rehaussé ce service téléphonique accessible partout au Québec. Plusieurs de mes interventions sur le 811 option #2 ont porté sur les services en santé mentale, mais c’est également l’endroit où demander de l’aide pour les enjeux qui affectent les jeunes et leurs familles. En effet, en tout temps on peut parler à un intervenant psychosocial, obtenir des conseils immédiats et être orienté vers les services appropriés. Et il faut le rappeler, le délai d’attente à l’option #2 du 811, est de moins de 5 minutes.
Quand consulter?
De nombreux parents, je dirais même la plupart des parents, vivent des inquiétudes lors du développement de leurs enfants :
- crises répétées
- communication difficile
- épuisement
- anxiété
- refus scolaire
- isolement d’un adolescent.
Ils hésitent souvent à demander du soutien, notamment par peur du jugement ou par méconnaissance des services disponibles. Pourtant, la prévention et l’intervention précoce est maintenant au cœur de la première ligne. Il faut mieux mettre en lumière la normalité des enjeux développementaux et comportementaux, ainsi qu’identifier les risques d’escalade et les besoins en stabilisation pour que les parents hésitent moins à consulter.
Dans les dernières années au Québec et dans le monde, plusieurs chercheurs et cliniciens observent que la détresse familiale a augmenté La santé mentale des femmes en temps de pandémie – Conseil du statut de la femme. Données et mesures en santé mentale | Institut national de santé publique du Québec
Cette hausse ne s’explique pas par une seule cause, mais par plusieurs facteurs sociaux, psychologiques et technologiques qui se combinent. La pandémie de COVID-19 a amplifié les problèmes. Au Québec, plus de la moitié des jeunes de 15 à 24 ans ont présenté un niveau élevé de détresse psychologique pendant cette période en raison de l’isolement social, l’interruption des activités sportives, la fermeture des écoles et l’anxiété parentale face à l’inconnu. Plusieurs cliniciens parlent maintenant de “génération COVID” pour décrire cet impact.
Les chercheurs soulignent aussi le rôle des réseaux sociaux et du numérique. Les effets observés chez certains jeunes s’expliquent par la comparaison sociale constante, la cyberintimidation, le manque de sommeil sans oublier l’exposition à des contenus anxiogènes. Les écrans peuvent aussi augmenter les conflits familiaux (temps d’écran, contrôle parental, dépendance).
Les données québécoises montrent également que le soutien social des jeunes diminue La santé mentale, le soutien social et les relations des jeunes du secondaire. Depuis 2016, le soutien social provenant de la famille, des amis et de la communauté est en baisse. Lorsque le soutien diminue, les jeunes ont moins d’espaces pour gérer leurs émotions, ce qui peut se transformer en crises à la maison.
Les adolescents vivent aujourd’hui plusieurs sources de pression scolaire et de performance, de l’anxiété climatique (éco-anxiété), de l’incertitude économique et via les médias sociaux l’exposition constante à l’actualité mondiale. Et pour les mêmes raisons, les parents aussi vivent plus de stress.
Quelque soit la situation vécue par le parent ou l’enfant, nous encourageons la famille a consulté.
Comment pouvons-nous aider?
L’évaluation vise à cerner ce qui sous-tend les comportements ou les difficultés relationnelles : routines, communication, contexte scolaire, capacité d’autorégulation, stress familial. Nos intervenantes vont analyser les besoins du jeune dans son développement, ajuster les interventions éducatives et proposer des stratégies adaptées. Elles vont aussi identifier les déclencheurs de crise, les signaux précoces et les facteurs émotionnels à stabiliser.
Le but de l’évaluation est de transformer l’inquiétude en un plan d’action clair et cohérent.
Selon le portrait clinique, plusieurs options de services peuvent être recommandées pour orienter la famille. :
- Suivis psychosociaux en CLSC (parents, enfants, famille; groupes d’habiletés parentales).
- Programme Jeunes En Difficulté (ajustements éducatifs, routines, compréhension du comportement, autorégulation).
- Programme Crise Ado Famille Enfant (intervention intensifiée en contexte de crise; plages horaires étendues; souvent sans liste d’attente).
- Aire ouverte (12–25 ans) (sans rendez-vous, gratuit, psychosocial, santé mentale, dépendances).
- Organismes communautaires (ateliers, groupes, soutien individuel, interventions variées).
Les intervenantes de ces différents programmes travaillent ensemble. Mais encore plus, les services jeunesse travaillent beaucoup en intersectorialité. L’intersectorialité c’est la collaboration structurée entre différents secteurs (santé, éducation, services sociaux, justice, municipal, communautaire, etc.) pour agir sur une même problématique. Nos intervenantes vont à la maison, à l’école, aux centres communautaires et partout où c’est nécessaire.
C’est important parce que plusieurs enjeux ne peuvent pas être réglés par un seul intervenant. Ces situations impliquent des facteurs multiples (familiaux, sociaux, économiques, médicaux), donc nécessitent plusieurs expertises.
Prenons le développement d’un enfant à risque :
- Santé : dépistage (pédiatre, CLSC)
- Services de garde / éducation : observation, stimulation
- Services sociaux : soutien familial
- Communautaire : accompagnement des parents
L’intersectorialité consiste à coordonner ces interventions plutôt que de travailler en silo.
Ce que ça implique concrètement, c’est le partage d’information (avec règles de confidentialité), développer des objectifs communs, des plans d’intervention intégrés, une gouvernance partagée et bien sûr une communication régulière entre partenaires.
Pour nos jeunes, il faut sortir des silos pour agir ensemble de manière cohérente sur des problèmes complexes.