Lionel Carmant

Député de Taillon

Santé mentale des jeunes : comment aller chercher l’aide requise en première ligne

Devenir adulte aujourd’hui, c’est bien différent qu’à mon époque et encore plus qu’à celle de mes parents. Stress, anxiété, isolement et réseaux sociaux, la santé mentale de nos jeunes n’a jamais été mise à si rude épreuve. Certains parlent même de l’anxiété comme du « mal du siècle ».

Une personne sur trois sera touché par un problème de santé mentale au cours de sa vie et plus de la moitié des personnes touchées le sont avant l’âge de 18 ans. Le défi auquel ont fait face en 2025 est immense. Pour réussir, il faut penser hors de la boîte et amener des solutions innovantes adaptées aux besoins des jeunes.

En 2019, le gouvernement a organisé un forum sur la santé mentale. Le message, que les jeunes nous ont envoyé, était clair. Quand un jeune a le courage de lever la main pour un problème de santé mentale, on doit lui répondre rapidement. Car s’il se bute à une porte fermée, il risque de ne plus consulter. C’est pour cela qu’une réponse adéquate pour ces problèmes doit être rapide et adaptée aux besoins des jeunes pour avoir de la valeur. Dans ce texte, je vous propose des options qui répondent à toutes ces caractéristiques et que l’on doit mieux faire connaitre des jeunes et de tous les Québécois.

Tel-Jeunes

Toutes les ressources communautaires pour les jeunes contribuent au bien-être des jeunes, incluant au niveau de la santé mentale. Cependant, certaines ressources jouent un rôle spécifique et ce que j’aimerais vous présenter. 

La première possibilité pour un jeune qui cherche de l’aide mais qui ne peut en parler à un proche serait la ligne d’écoute Tel-Jeunes, c’est un service québécois qui existe depuis plus de 30 ans. Il est là pour offrir écoute, soutien et informations aux jeunes, généralement de 5 à 20 ans, ainsi qu’à leurs parents (via Parent-Jeunes).

L’objectif est que personne ne se sente seul face à ce qu’il vit. Que ce soit des difficultés émotionnelles, des conflits familiaux, des relations amoureuses compliquées, de l’intimidation, des questionnements sur l’identité, la sexualité, l’anxiété, etc.

Leurs intervenants sont des professionnels qui ne portent aucun jugement, ne donnent pas d’ordres, et surtout ne remplacent pas des services professionnels spécialisés. Leur rôle, c’est vraiment d’écouter, d’orienter, de rassurer et de redonner du pouvoir à la personne qui appelle.

Par contre, Tel-Jeunes n’est pas un service d’intervention d’urgence comme le 1-866-APPELLE si votre enfant a des idées suicidaires, ni un service institutionnel. Mais c’est un outil important parce qu’au moment où un jeune se sent seul, mal ou incompris, il peut entrer en contact en quelques secondes avec quelqu’un qui l’écoute pour vrai, ne le juge pas, comprend sa réalité et l’aide à voir plus clair. Et juste ça, ça peut tout changer.

811-Info-Social et prévention dans les écoles

811-Info-Social (option #2); de l’aide dans le réseau est aussi disponible 24/7; 365 jours par année

Quand un parent, ou un jeune, demande de l’aide pour un problème de santé mentale, c’est souvent en urgence ou pour se faire orienter vers la bonne ressource dans le réseau. Heureusement, de l’aide est disponible en tout temps. La porte d’entrée privilégiée pour les problèmes de santé mentale dans le réseau au Québec est le 811- Info-Social, soit l’option #2. Il est important de savoir que le service info-social a un délai d’attente moyen de 3-4 minutes avant de parler à une professionnelle de la santé mentale. Évidemment, on peut appeler pour un nouveau problème, mais ce que peu de gens savent c’est que même si on est en attente pour un service en santé mentale, on peut les appeler. En effet, le 811 option 2 est un service régional et si votre situation se détériore vous pouvez être repriorisé ou des services additionnels, incluant de crises peuvent vous être offerts.

Au Québec, en plus de l’intervention précoce, on mise aussi sur la prévention. La santé mentale positive ça se cultive (www.casecultive.ca).  On a aussi développé des ressources pour les équipes-écoles afin de repérer, soutenir ou orienter les jeunes qui présentent des difficultés psychosociales ou de santé mentale. Le Ministère de l’Éducation du Québec (MEQ) et le Ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) collaborent pour offrir des formations au personnel scolaire (écoles primaires/secondaires, centres de formation professionnelle et adultes) sur la « santé mentale positive » et le développement des compétences personnelles et sociales. Une entente de complémentarité des services entre le réseau de l’éducation et le réseau de la santé permet d’assurer coordination, prévention et support aux jeunes en milieu scolaire. Québec

Le projet Épanouir vise à favoriser la santé mentale positive chez les jeunes en agissant de manière précoce et efficace auprès d’eux et dans leur environnement. Par ailleurs, il s’inscrit sous l’axe 4 du Plan d’action interministériel en santé mentale 2022-2026, qui inclut des actions de promotion et de prévention dans les milieux scolaires. Les principaux objectifs sont :

  • Développer chez les élèves des compétences personnelles et sociales (ex : gestion des émotions, résilience, relations interpersonnelles). ASPQ+1
  • Créer et maintenir des milieux de vie scolaires sains, sécuritaires et bienveillants, qui favorisent la santé mentale positive. carrefourfgafp.ca+1
  • Faire en sorte que les actions soient intégrées (réseau santé + réseau éducation + communauté), plutôt que fragmentées. Extranet santémontérégie+1

Le concept des Aires Ouvertes : des espaces pour les jeunes, par les jeunes

En 2019, le gouvernement a organisé un forum sur la santé mentale. Le message qu’a envoyé les jeunes au terme de cette journée était clair : quand un d’entre nous trouve le courage de lever la main pour de l’aide, l’aide doit être immédiate. Car si on se bute à une porte fermée, on ne retrouvera peut-être jamais ce courage une seconde fois.

C’est avec cette vision des jeunes et de leurs besoins non comblés que s’est développé le réseau des Aires Ouvertes. Des espaces créés par les jeunes, de la décoration des lieux jusqu’aux services offerts, pour les jeunes. Quand les jeunes viennent à Aire Ouverte, ils n’ont pas l’impression d’être dans un hôpital ou une clinique médicale, mais dans des lieux conçus pour eux, où ils seront écoutés. C’est un environnement gagnant pour qu’ils commencent à aller mieux. On peut y obtenir non seulement des services en santé mentale mais aussi en santé physique, incluant les troubles alimentaires et sexuelle. Aire ouverte : services pour les jeunes de 12 à 25 ans | Gouvernement du Québec

J’ai eu un vrai coup de cœur pour ce projet pilote et le Québec s’est doté d’un véritable réseau d’Aires ouvertes. On a même 4 Aires ouvertes mobiles! C’est une initiative nationale unique qui fait de nous des leaders en termes d’accès aux soins en santé mentale pour les jeunes.

Les Aires Ouvertes mobiles sont particulièrement intéressantes car leur modèle est adaptés en fonction des réalités de chaque région. Dans les régions plus éloignées, elles permettent aux intervenants de rejoindre les jeunes partout et si nécessaire de les amener vers les services, gratuitement.

Comme les jeunes peuvent consulter quand ils en sentent le besoin, ils ont tendance à consulter plus tôt. Et comme on dit, en parler, c’est commencer à aller mieux.

Un déploiement national unique et des résultats tangibles​

Et le plus important c’est que ça fonctionne!

Les résultats sont tangibles, 75% des interventions sont complétées en 5 visites et ne nécessitent pas de référence vers les services de santé mentale traditionnels. 

Les jeunes qui fréquentent les Aires ouvertes expriment une réelle gratitude pour l’approche empathique, flexible et inclusive. Ils se sentent entendus, soutenus sans filtre, et peuvent participer activement à modeler les services selon leurs besoins. Cette implication participe à créer des espaces réellement centrés sur la jeunesse, bien éloignés des structures classiques parfois perçues comme rigides ou intimidantes.

En plus, ceci s’est accompagné d’une réduction de plus de 50% des listes d’attente en santé mentale jeunesse au cours des deux dernières années.

Actuellement, bien que les problèmes de santé mentale affectent 1 jeune sur 5, moins de 2000 sont en attente au Québec.

Et on continue d’améliorer le modèle. Des services de plus en plus spécialisés sont offerts, comme par exemple dans l’Ouest de l’Île de Montréal ou une psychologue offrira ses services aux jeunes qui se présentent à l’Aire ouverte. C’est exactement ce que l’on veut déployer partout au Québec. L’hôpital doit se limiter à offrir des services à ceux qui ont des problèmes de santé mentale sévère.

Témoignages : la voix des jeunes sur les Aires Ouvertes

Voici quelques témoignages de nos jeunes qui ont été partagés dans les médias :

Marie-Lou, de Rivière du Loup nous raconte qu’elle y est venue à cause de son anxiété, elle en avait même interrompu ses études, mais avec l’aide d’une intervenante, elle a pu recommencer à étudier et même se sentir plus épanouie. Elle souligne que les services étaient « compliqués à obtenir » auparavant, tandis qu’Aire ouverte lui a permis d’avoir un espace où elle se sent à l’aise d’aller chercher de l’aide.

Sophie-Laurence Lévesque : une vie transformée

Sophie-Laurence de la Beauce, elle a été beaucoup plus expressive sur Facebook https://www.facebook.com/share/p/1BrWU7GjT2/?mibextid=wwXIfr.     

Je crois qu’il sera plus facile pour moi de m’exprimer à l’écrit… Ouf, que dire… Lire dans un média comme La Presse que les services d’Aire Ouverte coûtent une fortune pour peu de retombées me donne des frissons et me fait ressentir un pincement au cœur.

Aire Ouverte est un service qui a tant à offrir et surtout un projet en pleine expansion. Depuis plusieurs années, Aire Ouverte œuvre dans le milieu de la santé mentale jeunesse. Moi, Sophie-Laurence Lévesque, jeune adulte de 20 ans, je le dis haut et fort et sans crainte : Aire Ouverte m’a sauvé la vie !

J’ai longtemps eu des suivis en CLSC pour des problèmes familiaux, de santé mentale et pour bien d’autres raisons. J’ai plusieurs diagnostics à mon actif, qui faisaient en sorte que j’étais prédestinée à être une décrocheuse scolaire. Mais je me souviens d’avoir toujours été dans une salle avec des intervenants différents, sans jamais me sentir en paix, même si le suivi avançait, car je me sentais toujours aussi incomprise.

Jusqu’au jour où quelqu’un a vu en moi ce que je ne voyais plus depuis déjà plusieurs années. Cette personne m’a proposé de rejoindre le comité des jeunes d’Aire Ouverte de ma région, ce que j’ai fait… Je vais être honnête, au départ, j’y suis allée à reculons, car je me disais que ça ne changerait rien et que rien de tout cela ne pourrait m’aider à aller mieux.

Dans ma tête d’adolescente de 17 ans, j’étais convaincue que j’allais finir dans un petit 2 et demi avec des chats, incapable d’obtenir mon diplôme ou de travailler. Mais trois ans plus tard, presque quatre, me voilà diplômée du secondaire, au cégep, dans un programme que j’aime et qui va m’aider à laisser ma trace dans le milieu, à aider les autres comme j’ai été aidée, et surtout, avec des rêves et des buts plein la tête.

Tout cela, c’est grâce à Aire Ouverte. Parce que je me suis impliquée corps et âme dans ce projet en lequel je crois profondément – tout comme de nombreuses autres personnes.

Grâce à mon engagement, j’ai pu discuter avec les hauts dirigeants du CISSS de Chaudière-Appalaches, rencontrer à deux reprises le député de Beauce-Sud, Samuel Poulin, échanger à plusieurs reprises avec le ministre Lionel Carmant, prendre la parole dans les médias locaux, donner des entrevues pour TVA Nouvelles, passer au micro du FM93 à l’émission Dupont le matin… Aujourd’hui, je suis même impliquée au niveau national avec Aire Ouverte !

Pour une jeune femme de région avec une faible confiance en elle, tout cela, c’est énorme. Et c’est grâce à l’équipe d’intervenants et à l’équipe du ministère qui ont cru en ce projet que j’ai pu réussir. Parce qu’ils ont cru en moi et m’ont laissé la chance de faire ma marque tout en m’accompagnant.

Aire Ouverte, ce ne sont pas juste des chiffres ou des statistiques. Aire Ouverte, c’est une famille.Aire Ouverte aide énormément de jeunes. Aujourd’hui, ils savent qu’ils ont accès à un service pour eux, sans rendez-vous, sans devoir attendre 12 ou 13 heures à l’urgence, assis sur des chaises moyennement confortables.

Permettez-moi de vous rappeler que la santé mentale, c’est ce qu’un être humain a de plus précieux dans sa vie. Elle ne se calcule pas en chiffres, en statistiques ou en nombre de consultations. Elle se mesure en vies sauvées, en vies transformées, en graines semées dans la tête de ces jeunes qui connaissent maintenant ce service.

Qui sommes-nous pour juger de la santé mentale de quelqu’un ? Qui sommes-nous pour décider qu’un service est plus légitime qu’un autre ? Je crois que tout le monde devrait travailler ensemble pour que tout fonctionne au mieux.

La santé mentale des jeunes est en péril depuis plusieurs années. Pour une fois, pouvons-nous, s’il vous plaît, leur laisser la chance de décider ce qui est bon pour eux ? Beaucoup de jeunes ont déjà choisi Aire Ouverte, que ce soit ceux qui s’impliquent dans le projet ou ceux qui en bénéficient.

Il est évident que certaines personnes, enfermées dans leur tour d’ivoire, attendant de voir des chiffres et des statistiques suffisantes pour juger si un service fonctionne ou non, n’auront pas la même vision que tous ceux qui travaillent d’arrache-pied pour soutenir un système de santé déjà épuisé. Mais si ces mêmes personnes descendaient sur le terrain et prenaient le temps de poser des questions aux jeunes sur l’avant et l’après Aire Ouverte, elles verraient à quel point ce service fait une véritable différence.

Depuis plusieurs années, les gens ont perdu confiance dans le système de santé, car les services sont trop longs, les dossiers sont noyés parmi des tonnes d’autres cas considérés plus urgents les uns que les autres. Et surtout, lorsqu’on atteint la majorité, on a l’impression de disparaître aux yeux de ce système à bout de souffle.

Mais avec Aire Ouverte, on est plus qu’une carte d’assurance maladie ou un numéro de suivi. On est nous, en tant qu’humains.

Loin de moi l’idée de critiquer ou de rabaisser d’autres institutions. Au contraire, je crois simplement que notre système de santé est défaillant depuis des années et qu’il est difficile de le réformer, car il repose encore sur des bases établies à une époque où personne n’aurait pu imaginer la réalité d’aujourd’hui.

Mais cela ne nous empêche pas, nous, en tant que société, de faire évoluer les choses si nous travaillons ensemble.

Souvenez-vous que les jeunes sont la relève, les jeunes sont l’avenir. Il serait temps que notre voix soit entendue et respectée, sans que ce soit toujours une question de budget ou d’argent. Tout ce que nous voulons, c’est avoir accès aux services dont nous avons besoin pour notre santé mentale.

Aire Ouverte, c’est par les jeunes, pour les jeunes.

Avec tout mon respect,Sophie-Laurence Lévesque, 20 ans

L'avenir des Aires Ouvertes : des services spécialisés dans la communauté

Chaque Aire ouverte est conçue en collaboration avec les jeunes, leurs familles et les partenaires communautaires pour répondre à leurs besoins spécifiques et réalités locales. Cette approche vise à cibler des soutiens couvrant les aspects relationnels, personnels, familiaux, et potentiellement d’ordre physique ou émotionnel. 

Pour moi la seule solution, c’est de poursuivre le développement des Aires Ouvertes.

La santé mentale de nos enfants est un souci pour tout parent. La prise en charge des problèmes de santé mentale a beaucoup changé au cours des dernières années alors qu’on implique de plus en plus de professionnels pour prendre en charge le grand nombre de jeunes qui lèvent la main. Deux choses sont fondamentales, agir le plus tôt possible et orienter la famille vers la bonne ressource. J’espère avoir contribué à faire connaître les ressources disponibles en première ligne. Et ne soyez pas inquiet, les intervenants sauront orienter vos enfants vers des ressources plus spécialisées au besoin.

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